« En Mai, fais ce qu'il te plaît. »

Pari Mai ?

On y est presque. Encore une retouche ou deux, et le programme sera définitif. « Brooklyn In Bordeaux » c’est le sous-titre : le « Bordeaux Jazz Festival » s’est seulement déplacé de novembre en mai, et n’espérez pas une autre édition à l’automne. On a quitté Novart, c’est dit, c’est fait. Le printemps du jazz est arrivé.
Et avec lui les jeunes musiciens en vue à Brooklyn (le trompettiste Peter Evans par exemple), ou plus généralement aux USA (Ari Hoenig, Uri Caine, Ernest Dawkins), avec une mention particulière pour Dave Burrell, qui a tellement éclairé notre édition 2006 avec sa « Vie de Bohème » qu’on a décidé de le réinviter pour une sorte de « Complete Dave Burrell in Bordeaux » qui sera le corps, l’âme, et le coeur vivant du festival. Il vient pour les quatre jours, on pourra lui parler, le questionner, lui faire raconter sa vie, on pourra apprécier sa bonne humeur et sa vivacité, on pourra surtout écouter ce formidable pianiste aujourd’hui, au mieux de son immense talent, encore à découvrir. Et il ne vient pas seul : Leena Conquest (tout un programme !) chantera ses « songs », Giovanni Falzone et Paolo Botti vont encore faire résonner les airs de Mimi et de Rodolphe, Guillermo E. Brown (batteur, entre autres, de David S. Ware) sera là lui aussi, et puis Harrison Bankhead, contrebasse et violoncelle, qui vient plutôt de Chicago. C’est vrai au point qu’il sera sans doute ravi de croiser Ernest Dawkins avec qui il a l’habitude de travailler.
Et c’est ainsi qu’on fait le lien, le pont, le passage, le « Brooklyn Bridge » ! : Dawkins jouera en trio avec deux musiciens d’ici : Philippe Gaubert et Herbé St Guirons. La scène bordelaise est bien riche en ce moment : Fada réveille les liens entre texte en musique de façon décidée, Roger Biwandu propose enfin sa musique, très jazz, très alerte, très finement ciselée, Laurent Paris et Lionel Fortin offrent un hommage à Joe Zawinul, justement l’un des « employeurs » de Roger ! Bertrand Noël est partant pour une création en compagnie de Jonathan Avishaï et Rasul Siddik, qui restera pour un concert très attendu du groupe « Nuts », formé par Benjamin Duboc. Etienne Rolin, notre américain de Bordeaux, grand improvisateur et défenseur de la composition instantanée, sera en duo avec François Rossé. Et quoi encore ?
Deux symboles, et deux grands moments de musique : Marc Ducret (solo), qui a tant fait sans crier gare pour unir les scènes de France et d’ailleurs (dont les USA) jouera le dimanche, juste avant un groupe étonnant (Zakarya) qui a convaincu John Zorn lui-même de les prendre sur son label (Tzadik). La boucle sera bouclée, de Ari Hoenig à Zakarya, et d’Uri Caine jouant le « Book of Angels » de Zorn au groupe de « klezmer » en provenance de Strasbourg. La scène est donc mondiale, mais pas exactement comme on s’y attendait.
C’est exactement ce qu’on voulait.

Philippe Méziat
Directeur du