“Pour cette septième édition du BJF (éloquemment et élégamment sous-titrée « L'envers du jazz ») les choix éthiques en forme de paris risqués ont été largement validés par un public dense, composé à la fois de passionnés, connaisseurs et pointus, et de curieux ouverts prêts aux plaisirs (et aux frissons) de la découverte.”
Pierre-Henri Ardonceau.
Jazz Magazine 588 - Janvier 2008

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7ème BORDEAUX JAZZ FESTIVAL - GRANDS CRUS
Hèlène Breschand / Jean-François Pauvros duo
Jean-François Pauvros Guitare, voix / Hélène Breschand Harpe, sampler
Sophie Alour Quartet
Sophie Alour Saxophones / Laurent Coq Piano / Yoni Zelnik Contrebasse / Karl Jannuska Batterie
Serge Moulinier trio
Serge Moulinier Piano / Jean-Yves Moka Guitare /Christophe Jodet Contrebasse
Bax
Alain Coyral Saxophones / Christophe Jodet Contrebasse
Le Peintre à l'Orange
Brice Martin Basson, saxophones, machines, chant / Vincent Peyrani Accordéon / Joachim Florent Contrebasse / Alain Laspeyres Batterie
Echoes of Spring
François Raulin Piano, composition / Stephan Oliva Piano, composition / Laurent Dehors Clarinette / Christophe Monniot Saxophone / Sébastien Boisseau Contrebasse
Christophe Maroye Guitare solo Lotte Anker trio
Lotte Anker Saxophones / Craig Taborn Piano / Tom Rainey Batterie
Speeq
Hasse Poulsen Guitare / Phil Minton Voix / Luc Ex Basse / Mark Sanders Batterie
Pedro Iturralde quartet
Pedro Iturralde Saxophones, clarinettes / Mariano Diaz Piano / Miguel Angel Chastang Contrebasse / Carlos Carli Batterie
Paul Rogers Contrebasse solo Whormholes
Lucia Recio Voix / Didier Petit Violoncelle, voix / Camel Zekri Guitare, voix / Edward Perraud Batterie, voix / Etienne Bultingaire Musicien du son
Vincent Courtois quartet
Vincent Courtois Violoncelle / Jeanne Added Voix et violoncelle / Marc Baron Saxophone / François Merville Batterie
David Linx & Diederick Wissels quartet
David Linx Chant / Diederik Wissels Piano / Stéphane Huchard Batterie / Christophe Wallemme Contrebasse
Paolo Angeli Guitare solo Bill Carrothers Piano solo Zanussi 5
Per Zanussi Contrebasse / Kjetil Møster Saxophones / Rolf-Erik Nystrøm Saxophones / Eirik Hegdal Saxophones / Per Oddvar Johansen Batterie, percussions /
Louis Sclavis "L'Imparfait des Langues"
Louis Sclavis Clarinettes, saxophone soprano / François Merville Batterie / Marc Baron Saxophone alto / Paul Brousseau Claviers / Maxime Delpierre Guitare
Richard Galliano "Tangaria quartet"
Richard Galliano Accordéon / Alexis Cardenas Violon / Philippe Aerts Contrebasse / Rafaël Mejias Percussions
Richard Galliano & Gary Burton quartet
Richard Galliano Accordéon / Gary Burton Vibraphone / Philippe Aerts Contrebasse / Clarence Penn Batterie, Percussions
Elliott Sharp Guitare solo Bonafé / Sclavis duo
Jacques Bonafé Texte, récit / Louis Sclavis Clarinettes, saxophone soprano
Trio Mephista
Sylvie Couvoisier Piano / Ikue Mori Electronics / Susie Ibarra Batterie
Ellery Eskelin trio
Ellery Eskelin Saxophone ténor / Andrea Parkins Accordéon, sample, electronics / Jim Black Batterie
Gregorz Karnas quintet
Grzegorz Karnas Chant / Michal Tokaj Piano / Radek Nowicki Saxophone ténor / Michal Jaros Contrebasse / Sebastian Frankiewicz Batterie
Omar Sosa trio
Omar Sosa Piano / Julio Barreto Percussions / Childo Tomas Contrebasse

Oenologues et œnophiles connaissent bien ce débat : vins de terroirs contre vins de négoce. Cette polémique, en gros, oppose les partisans de l'authenticité des crus, avec leurs aléas et les irrégularités dues à mère nature, et ceux du travail « en laboratoire » générant une grande régularité dans des productions standardisées destinées à la grande distribution. A Bordeaux, on s'en doute, cette polémique vinicole est intense.
Confronté pour élaborer son programme à une question du même type, le directeur artistique du BJF, Philippe Méziat, a tranché. Clairement et sans état d'âmes : pas de jazz formaté mais des ''crus'' authentiques, typés, Parfois rudes : le « jazz vif » pour tout dire. « L’axe du festival est contemporain, mais nous ne négligeons pas les hommages au passé. La hache de guerre est désormais enterrée entre free et tradition ». Et pour cette septième édition du BJF (éloquemment et élégamment sous-titrée « L'envers du jazz ») ces choix éthiques en forme de paris risqués ont été largement validés par un public dense, composé à la fois de passionnés, connaisseurs et pointus, et de curieux ouverts prêts aux plaisirs (et aux frissons) de la découverte.
Plus de 30 concerts, six projections (dans le cadre de « Filmer la musique » avec entre autres, le superbe Barney Wilen The Rest Of Your Life de Stéphane Sinde), trois enregistrements live pour France Musique, des rencontres, une mini tournée en Bordelais (avec l'étonnant duo Pauvros-Breschand : guitare et harpe) . . . Affiche copieuse et surprenante. Les jeunes pousses : Sophie Alour (ts), Brice Martin (basson), Grzegorz Karnas (voc), d'ores et déjà à très haut niveau d'inventivité et de créativité. Le guitariste sarde Paolo Angeli brise les hiérarchies traditionnelles interstylistiques avec l’incroyable instrument qu’il a inventé-bricolé. Passant de Fred Frith à Björk, du raffiné au populaire ! Sidérant et captivant. Bill Carrothers, en un court mais dense solo de cinquante minutes imposa son lyrisme et son élégance singulière. Speeq (Poulsen, Minton, Ex Sanders), all stars ''free'', énergétique et déjanté, comme d'habitude, fit tomber de l'armoire un auditoire sous le choc (« free-rock-punk-garage ? ») la question était lucidement posée dans le texte du programme.
Avec l'Imparfait des langues, Louis Sclavis invente une nouvelle syntaxe : l'énergie du rock combinée à une écriture subtile et à une totale liberté des solistes (dont deux « petits jeunes » qui ne s’en laissent pas conter : Marc Baron à l'alto et Paul Brousseau aux claviers. Une fois de plus, Sclavis nous surprend par ses audaces et sa joie inextinguible de jouer le « pied au plancher ». Avec largement 20 piges de plus que Sclavis au compteur (donc 74 ! au moins…), Pedro Iturralde, l’inventeur du jazz flamenco, statue du commandeur du jazz espagnol, a montré dans un concert patchwork qu’il est erroné de le cantonner à cette seule facette de son talent. lturralde est aussi un admirateur de Rollins et de Trane, ainsi qu'un étonnant clarinettiste bop. Iturralde n’avait pratiquement jamais joué en France, et il était visiblement enchanté que Bordeaux lui rende enfin hommage. Emblématique de la programmation, un des concerts phares de ce BJF : Echoes of Spring. « Le retour aux origines du piano jazz pour en souligner l’ardente modernité ». Deux pianistes virtuoses et sensibles (Stephan Oliva et François Raulin), deux souffleurs et un bassiste. Fluidité, subtilité, incandescence : le piano standard revisité, boosté, actualisé. Une merveille.
Pierre-Henri Ardonceau